LePigeon masquĂ© a vu "Mourir peut attendre" , le nouveau James Bond On n'est pas des pigeons. 3 min 7 s | 04.10.21 | tag : no time to die. SpĂ©ciale James Bond avec Guillaume Evin . PassĂ©Cuba, Mourir peut attendre va traiter James Bond comme ce personnage cherchant Ă  tout reconquĂ©rir. Nous commençons avec un homme seul Ă  la retraite, dĂ©possĂ©dĂ© de tout, mĂȘme de son lĂ©gendaire matricule, 007. Ça commence par l'utilisation de la fameuse rĂ©plique "Bond, James Bond" utilisĂ© pour se prĂ©senter Ă  un guichet, comme un citoyen quelconque, puis par une sĂ©rie CinquiĂšmeaventure de l’espion qui aimait, Mourir peut attendre clĂŽt un cycle feuilletonnant et sentimental, entamĂ© avec l’enthousiasmant Casino Royale (2006), en confrontant James Bond Ă  Vay Nhanh Fast Money. PubliĂ© le mercredi 29 Septembre 2021 Ă  12h59 Mourir peut attendre » sort enfin en salles ce jeudi 30 septembre. Un blockbuster qui tient largement ses promesses et rĂ©serve le final le plus extraordinaire de toute l’histoire de l’agent secret. VidĂ©o Pour sa derniĂšre sortie en James Bond, Daniel Craig fait des Ă©tincelles. © MGM/Eon Productions Jeudi 30 septembre 2021. Une date Ă  tout jamais jamesbondienne avec 18 mois de retard suite Ă  une certaine crise sanitaire, Mourir peut attendre » arrive enfin sur les grands Ă©crans du monde entier, dont ceux de Belgique. On en parle depuis si longtemps, on l’a tellement attendu, que forcĂ©ment la crainte Ă©tait lĂ  d’ĂȘtre déçu. Au final, s’il y a du contre, il y a surtout beaucoup de pour, grĂące notamment Ă  un final audacieux qui va faire parler pendant des mois, et mĂȘme des annĂ©es. En osant ce qu’on n’aurait jamais cru qu’ils oseraient, les producteurs de James Bond se sont mis dans une position dĂ©licate, mais ĂŽ combien excitante pour le futur. Tout est ouvert ! Pour Daniel Craig, qui apparaissait pour la cinquiĂšme et derniĂšre fois dans la peau de l’agent secret de Sa Gracieuse MajestĂ©, c’est une conclusion exceptionnelle Ă  quinze ans d’aventures spectaculaires, dans un blockbuster qui tient ses promesses. TrĂšs long 2 h 45, mais bourrĂ© d’action, le film se risque surtout dans des zones jamais explorĂ©es en tout cas, jamais Ă  ce point par ses prĂ©dĂ©cesseurs. On suit, en somme, une histoire d’amour entre un homme et une femme, contrariĂ©e par les cicatrices du passĂ©. Le souvenir de Vesper Lynd Eva Green qui lui explose littĂ©ralement Ă  la figure pour James Bond, et l’assassin au masque dĂ©chirĂ© Rami Malek qui ressurgit de son enfance martyre pour Madeleine Swann LĂ©a Seydoux. Parviendront-ils Ă  se retrouver malgrĂ© les embĂ»ches, Ă  vivre heureux et avoir beaucoup d’enfants ? Mourir peut attendre», une histoire d’amour contrariĂ©e entre LĂ©a Seydoux et Daniel Craig. © MGM/Eon Producitons Les scĂ©naristes Phoebe Waller-Bridge, Neal Purvis, Robert Wade mettent le paquet pour nous accrocher. Avec une scĂšne prĂ©gĂ©nĂ©rique glaçante axĂ©e sur le mĂ©chant Safin, qui met la barre trĂšs haut. Le pire est possible dans un monde oĂč mĂȘme les enfants sont menacĂ©s. On se retrouve ensuite dans l’antique citĂ© de Matera, en Italie, oĂč James Bond et Madeleine Swann, croyant en avoir fini avec Spectre, passent leur temps enlacĂ©s. Mais, Badaboum ! » aurait dit BĂ©bel, les ennuis les rattrapent vite. C’est l’introduction musclĂ©e attendue, au terme de laquelle Bond, trop drillĂ© Ă  ĂȘtre mĂ©fiant, abandonne son amour sur le quai de la gare. Pour toujours, lui assĂšne-t-il. Lire aussi Daniel Craig en smoking fuchsia, Kate Middleton sublime avant-premiĂšre royale pour le nouveau James Bond Ă  Londres Cinq ans plus tard, notre retraitĂ© du MI6 coule des jours vides et alcoolisĂ©s sans jamais prendre de bide, c’est le pouvoir magique des hĂ©ros mais paisibles en JamaĂŻque, oĂč son ami de la CIA Felix Leiter vient lui proposer une mission qui ne se refuse pas, Ă  Cuba. Spectre n’est pas tout Ă  fait mort. Blofeld Christoph Waltz semble toujours actif depuis le fin fond de sa cellule. Mais en voulant rĂ©cupĂ©rer un savant corrompu travaillant sur des souches virales mortelles, l’ex-007 tombe sur un ennemi encore plus redoutable, celui-lĂ  mĂȘme qui hante toujours les nuits de Madeleine
 Lashana Lynch peut-elle sortir de l’ombre de Daniel Craig pour prendre sa succession en 007? On en doute. © MGM/Eon Productions L’intrigue, au lieu de suivre son train-train habituel, joue au ping-pong avec le spectateur. James est rattrapĂ© par le MI6, oĂč il n’est plus 007. C’est dĂ©sormais l’agent Nomi Lashana Lynch qui en a hĂ©ritĂ©. Pas grave, ce n’est qu’un matricule », dit Bond, mais il va devoir apprendre Ă  travailler autrement. Tous les personnages rĂ©vĂšlent des facettes inattendues. M Ralph Fiennes, mal Ă  l’aise face au danger menaçant toute vie sur terre qu’il a lui-mĂȘme créé sans le vouloir, Miss Moneypenny et Q Naomie Harris et Ben Whishaw plus fidĂšles Ă  leur ancien collĂšgue qu’à leur employeur. Le tout en tentant de respecter le plus possible les nouveaux fondamentaux Ă©thiques post-Me Too et Black Lives Matter. Ça passe notamment par une scĂšne succulente Ă  La Havane, avec la dĂ©sarmante de fausse naĂŻvetĂ© Ana de Armas. MĂȘme Madeleine, de retour avec une jolie surprise pour son ex, va se montrer trĂšs combative quand l’ĂȘtre qu’elle aime le plus au monde est menacĂ© de mort. James, pour s’en sortir et venger son ami black Felix, peut compter sur les femmes et un Q prĂ©fĂ©rant les garçons
 Mourir peut attendre» rĂ©serve son lot de scĂšnes d’action fortes, dont une course-poursuite vertigineuse. © Isopix Le mĂ©rite des scĂ©naristes est grand d’avoir rĂ©ussi Ă  intĂ©grer ces Ă©lĂ©ments narratifs au dĂ©roulĂ© attendu d’une aventure de James Bond, voiture-mitrailleuse Ă©jection d’un avion avec un deltaplane high-tech se transformant en sous-marin, Ɠil bionique explosif et autres gadgets qui justifient le budget de 250 millions de dollars dont il est difficile de rater les nombreux sponsors qui ont participĂ© au financement. Ils parsĂšment aussi l’ensemble d’un humour rarement revu depuis l’ùre Roger Moore. Lire aussi Le plus grand honneur de ma vie» l’émouvant discours d’adieu de Daniel Craig Ă  James Bond vidĂ©o AprĂšs, il y a des dĂ©ceptions. Le rĂ©alisateur Cary Joji Fukunaga n’est pas Sam Mendes. Ce dernier avait certes ratĂ© le coche avec Spectre » mais, avec Skyfall », il a placĂ© la barre de l’excellence trĂšs haut dans l’histoire du James Bond incarnĂ© par Graig et de tous les autres, passĂ©s et Ă  venir. Fukunaga n’impose pas une patte – peut-ĂȘtre aussi parce qu’il a dĂ» prendre le train en marche aprĂšs l’éjection de Danny Boyle. Certes les scĂšnes d’action sont toutes bien emballĂ©es, mais aprĂšs le saut d’un pont de Matera dans une intro efficace, on cherchera en vain LA » sĂ©quence inoubliable tellement elle est Ă©poustouflante ou, surtout, jamais vue. Rami Malek est sous-employĂ© alors que son personnage est vraiment rĂ©ussi, incarnation du Mal et de l’intelligence, d’une logique implacable. Le Blofeld de Christoph Waltz, par contre, est dĂ©finitivement mal amenĂ©. Si le dĂ©part de Craig ouvre toutes les possibilitĂ©s, Lashana Lynch n’est pas d’un charisme dĂ©bordant. Difficile de l’imaginer reprendre avec succĂšs le flambeau. Mais qu’importent ces bĂ©mols, le final de Mourir peut attendre » rebat tellement les cartes et l’ensemble offre un tel divertissement de qualitĂ© que ça fait donne la chair de poule pour la suite et ravit les yeux. AprĂšs Dune », c’est le coup de dĂ©marreur qu’on attendait pour que le cinĂ©ma. AprĂšs avoir Ă©tĂ© la premiĂšre victime cinĂ©matographique du covid, James Bond sera-t-il le sauveur des salles de cinĂ©ma, en plus du monde ? EspĂ©rons que oui ! Lire aussi Dune» un cinĂ©-spectacle titanesque Abonnez-vous "Mourir peut attendre", le cinquiĂšme et dernier film de la saga James Bond avec Daniel Craig, se dĂ©voile dans un trailer Ă©vĂ©nement ! © DR Cette fois, c'est la derniĂšre. Dans No Time To Die, traduit Mourir peut attendre en France, Daniel Craig tirera sa rĂ©vĂ©rence aprĂšs cinq films et treize ans de rĂšgne dans la saga James Bond. Le britannique peut repartir la tĂȘte haute puisque jusqu'Ă  prĂ©sent, tous ses films ont dĂ©passĂ© les opus prĂ©cĂ©dents au box-office. En 2012, Skyfall a mĂȘme dĂ©passĂ© le nombre symbolique du milliard de dollars...Ce mercredi 4 dĂ©cembre marque donc la publication de la toute premiĂšre bande-annonce de ce film trĂšs attendu, quatre ans dĂ©jĂ  aprĂšs le succĂšs de Spectre en novembre 2015 qui avait gĂ©nĂ©rĂ© plus de 880 millions de dollars dans le monde. En France, le long-mĂ©trage avait frĂŽlĂ© les 5 millions d'entrĂ©es ! Dans ce trailer, on retrouve notamment trois des acteurs principaux du dernier Ă©pisode la française LĂ©a Seydoux la psychiatre Madeleine Swann, Ralph Fiennes Gareth Mallory alias M, directeur du Secret Intelligence Service MI6, Ben Whishaw Q de MI6, le fournisseur de gadgets et Christoph Waltz Ernst Stavro Blofeld, redoutable chef du SPECTRE. Mais un nouvel ennemi fait son entrĂ©e jouĂ© par Rami Malek. Loin du look de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody, il apparaĂźt ici trĂšs inquiĂ©tant, le visage tatouĂ© derriĂšre un masque fendu... Du cĂŽtĂ© des James Bond Girls, de nouvelles venues Ă©galement Lashana Lynch Captain Marvel et Ana de Armas Blade Runner 2049.Mais il faudra encore attendre avant de dĂ©couvrir Mourir peut attendre sur le grand Ă©cran sa sortie en dans les salles françaises a Ă©tĂ© Ă©tablie au 8 avril Perron Six ans d’attente aprĂšs un opus tiĂšdement reçu, un rĂ©alisateur remplacĂ© au pied-levĂ© et une sortie retardĂ©e pour cause de pandĂ©mie mondiale rien n’aura Ă©tĂ© Ă©pargnĂ© Ă  Mourir peut attendre, le vingt-cinquiĂšme volet des aventures de l’agent 007 et l’ultime opus de la pentalogie consacrant Daniel Craig dans le rĂŽle de James Bond. Si en apparence, chacun pourra se rassurer sur la pĂ©rennitĂ© de la formule et de ses codes bien connus, tout l’intĂ©rĂȘt du film sera au contraire dans sa capacitĂ© Ă  nous surprendre. JAMES BOND EST-IL WOKE ? Pour tout cinĂ©phile pointu sur les noms des Ă©quipes en charge des films, l’équipe de Mourir peut attendre s’apparente Ă  une vĂ©ritable dream team, qu’il s’agisse d’un Bond ou non. Le directeur de la photographie et le monteur de La La Land D. Chazelle, 2016. Le directeur artistique de Phantom Thread P. T. Anderson, 2017 et Sunshine D. Boyle, 20007. Le rĂ©alisateur de seconde Ă©quipe de Skyfall S. Mendes, 2012 et Casino Royale M. Campbell, 2006. Hans Zimmer Ă  la musique. Un casting de rĂȘve comprenant entre autres Rami Malek, fraĂźchement sorti de Mr Robot 2015-2019, et Ana de Armas, la nouvelle coqueluche de Hollywood. Cerise sur le gĂąteau, la scĂ©nariste Phoebe Waller-Bridge Fleabag, Killing Eve aura rĂ©ussi l’exploit fou de s’immiscer aux gĂ©nĂ©riques de trois franchises – James Bond, Star Wars et Indiana Jones – en l’espace de quatre ans. Mieux, en remplaçant Danny Boyle par Cary Joji Fukunaga, rĂ©alisateur de la premiĂšre saison de True Detective 2014, les producteurs Barbara Broccoli et Michael G. Wilson se sont assurĂ©s d’un ensemble de compĂ©tences rajeunies. Le point commun des vingt-quatre premiers films est qu’ils partageaient toujours des Ă©quipes de vĂ©tĂ©rans, d’artisans dont on ne comptait plus les annĂ©es. DĂšs lors, Mourir peut attendre jurait par sa relative immaturitĂ© et un penchant pour des artistes particuliĂšrement engagĂ©s sur des questions socio-politiques, ou encore artistiquement trĂšs Ă©loignĂ©s de l’univers de Bond, comme en tĂ©moignait la sĂ©rie rĂ©cente Maniac 2018, rĂ©alisĂ©e par Fukunaga. Une question s’est alors posĂ©e ce nouveau James Bond allait-il ĂȘtre trop » moderne ? Cette interrogation, les fans les plus conservateurs l’ont reformulĂ©e en ces termes s’agira-t-il du premier James Bond woke » ? La question suggĂ©rait en soi une forme de trahison, sans qu’on ne donne jamais pour autant une dĂ©finition vraiment prĂ©cise du terme. Mais, on l’imagine sans peine, qu’il s’agisse ni plus ni moins d’une conscience sociale. Un James Bond fĂ©ministe et antiraciste ne serait donc plus vraiment James Bond aux yeux des conservateurs. Une maniĂšre dĂ©tournĂ©e d’admettre que le personnage fut de nature misogyne et raciste. Dans les livres de Ian Fleming, les aventures de 007 regorgeaient de diatribes en tous genres, principalement adressĂ©es Ă  la partie de l’humanitĂ© qui n’était ni masculine, ni hĂ©tĂ©rosexuelle, ni blanche, ni occidentale, ni capitaliste. D’origine germano-asiatique, Dr No finit Ă©crasĂ© sous des tonnes d’excrĂ©ments d’oiseaux de couleur jaune, ce que Bond pensait ĂȘtre bien raccord avec la couleur de peau de son ennemi. On ne vit que deux fois est traversĂ© de rĂ©flexions homophobes, toutes sans le moindre rapport avec l’intrigue. Cet Ă©tat d’esprit, tout Ă  fait en accord avec ses contemporains continua Ă  subsister jusqu’à l’adaptation au grand Ă©cran. Dans Goldfinger, James Bond viole une femme lesbienne pour la convertir », au bien comme Ă  l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ©. Dans Vivre et laisser mourir, presque tous les personnages noirs Ă  l’écran, qu’ils soient adultes ou enfants, au premier plan ou simples figurants, s’opposent Ă  l’agent secret, comme si tous les noirs au monde faisaient partie intĂ©grante d’un rĂ©seau complice criminel. Ces exemples dĂ©plorables ne manquent malheureusement pas dans la franchise. Par bien des aspects, James Bond a parfois reprĂ©sentĂ© l’antithĂšse d’un hĂ©ros, en s’accordant Ă  l’image des pires travers de son Ă©poque au lieu de s’attacher Ă  incarner son idĂ©al. La question woke est donc en soi un contresens James Bond n’a jamais incarnĂ© d’autres valeurs que celles de ses contemporains. Pourquoi en irait-il donc autrement lorsqu’une nouvelle gĂ©nĂ©ration s’approprie le mythe ? LA LÉGENDE DORÉE James Bond est un hĂ©ros – dans l’acception mythologique du terme. La forme de divertissement qui Ă©mane de ses films n’est que le produit de ses rĂ©cits hĂ©roĂŻques. Son crĂ©ateur, Ian Fleming, s’est inspirĂ© d’espions, de soldats et d’autres personnalitĂ©s guerriĂšres de la Seconde Guerre Mondiale pour lui donner vie. Bond leur doit son penchant pour l’alcoolisme, son faible pour les voitures de collection et les femmes. Sa propension Ă  l’épique et Ă  la fantaisie lui viennent en revanche d’un personnage biblique, le chevalier Saint-Georges. NĂ© au IIIe siĂšcle aprĂšs Georges de Lydda est un palestinien de Turquie, alors province de l’Empire romain. Au nom de la foi chrĂ©tienne, il dĂ©barrasse par l’épĂ©e les villes des brigands et de leur chef, nommĂ© Dragon ». L’Église le salue comme un hĂ©ros de la foi. Puis, trahi par un empereur qui souhaite le retour du culte d’Apollon, Georges de Lydda refusera de renoncer Ă  sa foi et mourra en martyr par dĂ©capitation en l’an 303. Son culte est depuis cĂ©lĂ©brĂ© partout dans le monde chrĂ©tien. Le chevalier Saint-Georges devient si populaire que son rĂ©cit accĂ©lĂšre la christianisation des peuples Ă  travers le monde. Des monastĂšres et des Ă©glises lui sont consacrĂ©s d’IsraĂ«l Ă  la Turquie, en passant par la France et lAngleterre. Sa gloire lui vaut de devenir un hĂ©ros jusque dans les rĂ©cits paĂŻens du Moyen-Âge, mille ans aprĂšs sa mort. Au XIIIe siĂšcle, un livre intitulĂ© Legenda Aurea La LĂ©gende DorĂ©e achĂšve d’en faire un mythe de la chrĂ©tientĂ©. Dans ce rĂ©cit, Saint-Georges devient un chevalier du mĂȘme calibre que Lancelot, des centaines d’annĂ©es avant les Croisades, le mythe arthurien et mĂȘme l’invention de la chevalerie tout court. Il y affronte un dragon, un vrai dans cette version, et le tue vaillamment au combat menĂ© au nom du Christ. Il ne s’agit pas d’un simple rĂ©cit isolĂ©. La LĂ©gende DorĂ©e sera l’un des livres les plus lus et partagĂ©s, au mĂȘme titre que La Bible, pendant les trois cents prochaines annĂ©es. En France, il devient le premier manuscrit imprimĂ© en langue française au XVe siĂšcle. L’histoire de Saint-Georges devient un fondement du catholicisme et du mythe hĂ©roĂŻque pour l’Occident. On lui doit l’imagerie fantaisiste du chevalier combattant un dragon, aujourd’hui bien ancrĂ©e dans l’inconscient collectif. De ce hĂ©ros, si cher au cƓur de Ian Fleming dans son enfance, naĂźtra James Bond. Une fois passĂ© Ă  la moulinette de la Seconde Guerre Mondiale – qui comprend l’espionnage sous l’Occupation française, le gouvernement de Vichy combattu par Fleming et son rĂ©seau -, Saint-Georges devient cet agent secret redoutable, une machine Ă  tuer ceux qui s’opposent Ă  sa mission, mais surtout, un agent au service de Sa MajestĂ© la reine d’Angleterre, garante de la foi du royaume britannique, lui-mĂȘme descendant direct de l’Empire romain. La symbolique est si Ă©vidente pour Fleming que dans Dr No, Bond combat un autre genre de dragon » mĂ©taphorique un tank armĂ© de lance-flammes sur lequel des yeux et une mĂąchoire gĂ©ante ont Ă©tĂ© peints. Quand ils songent Ă  la derniĂšre histoire de Daniel Craig dans la franchise, les scĂ©naristes de Mourir peut attendre n’en profitent pas pour faire un lifting politique intĂ©gral politiquement correct ». Oui, une femme noire possĂ©dera le matricule 007. Oui, Bond couchera avec une seule femme de tout le film. Et oui, Q rĂ©vĂ©lera son homosexualitĂ© au dĂ©tour d’un dialogue. Est-il donc soudainement politiquement correct de faire Ă©cho Ă  son Ă©poque dans une aventure de James Bond comme cela a toujours Ă©tĂ© le cas ? Il n’est pas question de modernitĂ© ici, mais simplement de montrer un monde crĂ©dible aux spectateurs. Au contraire, les scĂ©naristes ressuscitent le mythe bondien en convoquant Saint-Georges, lui aussi rĂ©-adaptĂ© en fonction de l’époque. Car pour la premiĂšre fois dans la saga depuis Sean Connery, l’écriture du scĂ©nario prĂ©voit le dĂ©part de l’acteur principal. Ses auteurs sont donc libres de crĂ©er un rĂ©cit qui pourra servir de conclusion au personnage. Or, le mythe de Saint-Georges s’appuie sur deux Ă©lĂ©ments fondamentaux, toutes versions confondues son combat avec le dragon et son martyr. C’est lĂ  tout le gĂ©nie de Mourir peut attendre donner Ă  James Bond son propre martyr. DĂšs lors, son aventure sera unique en son genre dans toute l’histoire de la franchise. Pour la premiĂšre fois dans un James Bond, nous voyons notre hĂ©ros mourir. Cela n’a rien d’anodin, ni de vu et revu. Superman est mort Ă  la fin de Batman V Superman Z. Snyder, 2016, mais il a ressuscitĂ© dĂšs le film suivant. Batman fait croire Ă  sa mort dans The Dark Knight Rises C. Nolan, 2012, mais cela reste un subterfuge. Et si Spock se sacrifie dans La ColĂšre de Khan N. Meyer, 1982, c’est pour mieux prĂ©parer son retour dans l’opus suivant. Quelle est donc ici la parade ? Nous savons dĂ©jĂ  qu’il existera bientĂŽt un autre James Bond. La franchise ne s’arrĂȘtera pas lĂ . Et le gĂ©nĂ©rique de fin ne dĂ©roge pas Ă  la rĂšgle en annonçant honnĂȘtement comme dans les films prĂ©cĂ©dents James Bond will return ». Il s’agit bien en revanche de la fin du Bond incarnĂ©e par Craig et cette promesse reste ULTIME DE 007 La façon d’arriver Ă  cette mort se traduit donc par une construction incroyablement habile en termes d’écriture et de mise en scĂšne. Le film doit marquer l’aventure ultime de 007, le montrer plus triomphant que jamais, dĂ©voiler une part d’intime inĂ©dite, avoir les enjeux les plus Ă©normes possibles, Ă©voquer les Ă©lĂ©ments les plus marquants de sa vie, tout en racontant une histoire de James Bond classique. Autrement dit, pour que le spectateur puisse accepter sa mort, le film doit nous la faire mĂ©riter. Il y parvient par des biais trĂšs diffĂ©rents. Dans la forme, on a affaire Ă  l’un des films les plus stylisĂ©s et recherchĂ©s de la saga, peut-ĂȘtre mĂȘme encore plus beau que Skyfall. Les scĂšnes tournĂ©es en IMAX insufflent un gigantisme aux sĂ©quences d’action et on est rĂ©guliĂšrement soufflĂ©s par des idĂ©es de plans et de mise en scĂšne tels qu’on n’en voit presque jamais dans des blockbusters de ce calibre. Le spectacle promis est lĂ , comme lors d’un plan-sĂ©quence montrant l’ascension de Bond dans un escalier truffĂ© d’ennemis qu’il doit affronter les uns aprĂšs les autres. Affirmons-le Bond a rarement paru aussi hĂ©roĂŻque que dans cet opus. On est transportĂ©s par l’aventure entiĂšre qui regorge de moments de bravoure, comme une sĂ©quence d’action centrale Ă  Cuba un dĂ©cor gigantesque reconstituĂ© aux studios Pinewood oĂč Bond fait Ă©quipe avec Paloma Ana de Armas, parfaite et rĂšgle son compte au Spectre en buvant et en tirant sur tout ce qui bouge. C’est un film drĂŽle, entraĂźnant, oĂč les saillies d’humour sont bien dosĂ©es, jamais au dĂ©triment de l’histoire ni de l’émotion. Le rĂ©alisateur parvient Ă  crĂ©er des moments d’étincelle pour chaque personnage Q, M, Moneypenny, Blofeld, Felix, Nomi, Safin. On reconnaĂźt Ă©galement bien la façon de construire des dialogues et des dynamiques de Phoebe Waller-Bridge, stimulantes intellectuellement et qui dĂ©samorcent la tension uniquement lorsque c’est justifiĂ©. De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, Mourir peut attendre est un blockbuster qui remplit admirablement son rĂŽle de parfait divertissement, qui ravira aussi bien les fans que les nĂ©ophytes adeptes de grand spectacle. Viennent ensuite les clins d’Ɠil, loin des rĂ©fĂ©rences balourdes de l’ùre Brosnan, qui participent Ă  guider le regard des fans. En effet, le film prend un soin trĂšs particulier Ă  Ă©voquer spĂ©cifiquement les derniers James Bond de chaque Ă©poque. Pour Connery, c’est un cas particulier puisqu’il a connu trois adieux On ne vit que deux fois L. Gilbert, 1967, Les Diamants sont Ă©ternels G. Hamilton, 1971 et Jamais plus jamais I. Kershner, 1983, un Ă©pisode officieux de la saga. Les Diamants est convoquĂ© Ă  l’écran par la prĂ©sence de Blofeld, ou l’apparition de la premiĂšre Bond girl noire. Mieux encore, le film Ă©voquait aussi la mort de Bond avec une scĂšne montrant le hĂ©ros dans un cercueil envoyĂ© dans un four crĂ©matoire, prĂȘt Ă  ĂȘtre rĂ©duit en cendres. Quant Ă  l’ùre George Lazenby, il s’agit encore d’un cas Ă  part puisque l’acteur n’a eu droit qu’à un seul et unique essai dans Au service secret de Sa MajestĂ©. Celui-ci est Ă©voquĂ© en filigrane tout au long du dernier Craig de façon plus ou moins appuyĂ©e. Par trois fois, la musique de John Barry spĂ©cifique Ă  ce film est reprise par Hans Zimmer, la romance entre Madeleine LĂ©a Seydoux et Bond est un parfait miroir de celle entre Tracy Diana Rigg et Bond dans le Lazenby. Le film avait aussi Blofeld en nemesis de 007 et le Craig devait initialement sortir fin 2019, pour les 50 ans d’Au service secret de Sa MajestĂ© P. R. Hunt, 1969. Quant Ă  Roger Moore, le clin d’Ɠil est nettement plus discret. Mourir peut attendre s’ouvre sur la glace comme dans Dangereusement VĂŽtre J. Glen, 1985. Le manteau portĂ© par Safin Rami Malek est identique Ă  celui portĂ© par Moore au dĂ©but de son dernier volet. Pour Dalton, c’est Ă©galement subtil. Dans Permis de Tuer J. Glen, 1989, sa seconde et derniĂšre apparition dans le rĂŽle de l’agent secret, Bond devait venger son ami Felix Leiter et la mort de son Ă©pouse. Dans le dernier Craig, l’allusion prend un tournant plus dĂ©finitif encore puisqu’ici Felix Jeffrey Wright meurt pour la premiĂšre fois dans la saga. C’est un signe Ă©vident annonçant la mort de Bond ainsi que l’unicitĂ© du film. James va donc venger son ami encore une fois, mais avec un sens plus dramatique. On en arrive donc aux annĂ©es Pierce Brosnan et Ă  Meurs un autre jour L. Tamahori, 2002. Quelques rĂ©fĂ©rences en sont dissĂ©minĂ©es chez Craig Bond y fait Ă©quipe avec une femme noire, une sĂ©quence de vol montre leur incursion chez l’ennemi, l’antagoniste porte un masque dans les deux cas, une sĂ©quence Ă  Cuba montre Bond en pleine rĂ©crĂ©ation et on y reprend mĂȘme une rĂ©plique directe du Brosnan au sujet du matricule 007 It’s just a number. » L’ensemble de ces allusions construit un champ lexical bondien, celui de la fin de Bond, et donc dans un sens plus littĂ©ral, sa mort. Bien sĂ»r, ces rĂ©fĂ©rences ne renvoient pas uniquement aux derniers opus de chaque acteur. Les voitures elles-mĂȘmes participent d’un rĂ©cit plus global, puisque trois Aston Martin de trois Ă©poques diffĂ©rentes sont prĂ©sentes la DB-5 de Goldfinger G. Hamilton, 1964 – dĂ©jĂ  prĂ©sente dans les deux Craig prĂ©cĂ©dents -, la Volante de Tuer n’est pas jouer J. Glen, 1987 ainsi qu’un nouveau modĂšle, l’Aston Martin aux allures futuristes, la Valhalla, conduite par Nomi. La premiĂšre voiture sera engloutie dans les eaux pendant le gĂ©nĂ©rique, comme un symbole de Bond allant six pieds sous terre. La deuxiĂšme sera celle adoptĂ©e par Madeleine, celle d’une autre vie. Et enfin la troisiĂšme est celle de 007 mais pas de Bond, montrant ainsi que la vie continuera sans lui et que le royaume sera toujours protĂ©gĂ© aprĂšs son dĂ©part. De plus, le nom mĂȘme de la voiture, Valhalla, indique Ă©videmment le paradis rĂ©servĂ© aux plus valeureux guerriers dans la mythologie nordique, une place toute indiquĂ©e pour l’ñme de Bond. Par-dessus cet entremĂȘlement subtil, le film semble insister sur un Bond tout particulier, Dr. No T. Young, 1962. On y retrouve les mĂȘmes tenues antiradiations. Le gĂ©nĂ©rique reprend des Ă©lĂ©ments visuels du gĂ©nĂ©rique original de Maurice Binder. La base finale du mĂ©chant et de son armĂ©e se trouve sur une petite Ăźle, un Ă©lĂ©ment d’ailleurs rare en soi dans la saga. Le No » du titre, qui indique donc le contraire exact de sa traduction française malheureuse, semble ĂȘtre une rĂ©fĂ©rence si directe qu’une rumeur insistante chez les fans prĂ©tendait que Safin Ă©tait en fait un pseudonyme cachant l’identitĂ© de Dr No, rĂ©incarnĂ© sous les traits de Rami Malek. C’est en fait un sens plus littĂ©raire. On raccroche le premier film au dernier pour suggĂ©rer un effet de boucle, indiquant sur le mode romanesque que le cycle se rĂ©pĂ©tera, que le temps est un cercle plat et que l’immortalitĂ© n’est pas dans l’histoire mais dans sa MARTYR DE BOND Au-delĂ  de toutes ces rĂ©fĂ©rences surgit la beautĂ© du scĂ©nario. Car deux sources particuliĂšres semblent alimenter le film comme moteur pour la narration, ses thĂšmes, ses arcs et mĂȘme ses enjeux. Ian Fleming demeure la premiĂšre source d’inspiration. En plaçant la maison de retraite de Bond en JamaĂŻque, le film fait directement rĂ©fĂ©rence Ă  GoldenEye, non pas le film, mais la demeure, inspirĂ©e d’un nom de code d’une opĂ©ration du romancier lorsque celui-ci travaillait pour les services secrets. Dans cette maison situĂ©e en JamaĂŻque, Fleming Ă©crivait une nouvelle aventure de 007 par an. Il y Ă©tait isolĂ©, Ă  la maniĂšre de son personnage, puisque ni sa femme ni ses enfants n’y Ă©taient invitĂ©s. Loin du tumulte londonien, le romancier y menait une double vie en toute quiĂ©tude avec sa maĂźtresse qui demeurait sur place. Mais pour les fans, GoldenEye renvoie surtout au lieu de naissance de Bond, Ă  une machine Ă  Ă©crire en or, sur laquelle Fleming accouchera de Casino Royale, la premiĂšre mission de 007, en 1953. Il est d’ailleurs aussi fait rĂ©fĂ©rence Ă  son adaptation de 2006 dans Mourir peut attendre Ă  l’occasion de quelques instants passĂ©s sur la tombe de Vesper Lynd. Avant sa mort, Bond revisite donc ses origines de toutes les façons possibles le premier Craig, le premier film 007 et sa source, le lieu de crĂ©ation par Fleming. Mais la filiation avec Fleming va bien plus loin, puisque le rĂ©cit Ă©pouse une partie consĂ©quente du roman On ne vit que deux fois. La partie du livre qui subsiste d’ailleurs chez Craig est Ă©trangement celle absente de son adaptation sous l’ùre Connery, ce qui prouve que la matiĂšre fournie par Fleming peut encore alimenter les films de façon originale mĂȘme jusqu’au vingt-cinquiĂšme film, alors qu’il n’a consacrĂ© que quatorze livres Ă  007. Dans le roman On ne vit que deux fois, Bond est au plus mal. Il porte le deuil de la mort de sa femme Tracy, tuĂ©e par Blofeld dans Au service secret de Sa MajestĂ©. Son alcoolisme devient autodestructeur. Bond perd son matricule 007. L’antagoniste cultive un jardin de mort » en terre japonaise. Bond y tue Blofeld, en l’étranglant, et met une femme enceinte pour la seule fois de sa vie. Il y trouve mĂȘme une mort symbolique. Mourir peut attendre reprend la plupart de ses Ă©lĂ©ments. Jamais James Bond n’a-t-il autant consommĂ© d’alcool. Son matricule est transfĂ©rĂ© Ă  Nomi. Safin possĂšde un jardin de mort ». Bond tue Blofeld aprĂšs avoir essayĂ© de l’étrangler et reprend mĂȘme une rĂ©plique directe du livre Die, Blofeld, die ! » Enfin, le film met en Ă©vidence le tabou de la paternitĂ© de Bond comme jamais auparavant. Bond devient le pĂšre d’une petite fille, un enjeu crucial pour la suite. Mourir peut attendre soulĂšve les questions de l’hĂ©ritage gĂ©nĂ©tique et de la transmission. Bond est amenĂ© Ă  cette question existentielle et y rĂ©pond par son sacrifice. Il meurt de plusieurs façons Ă  la fois. D’abord, criblĂ© de balles de Safin qui l’auraient achevĂ©, quoi qu’il arrive. Ensuite, le virus de nanobots, l’arme cruciale du film, est transmise dans le corps de Bond et ne peut tuer que deux cibles Madeleine et sa fille Mathilde. Il est donc hors de question pour Bond de quitter l’üle en risquant de tuer sa famille. Enfin, il est obligĂ© de rester sur l’üle de Safin pour ouvrir les portes en bĂ©ton de la base pour s’assurer que les missiles tirĂ©s d’un navire anglais dĂ©truisent le virus, pour qu’il ne tombe pas entre de mauvaises mains. Tout est parfait dans cette mort. Trois bonnes raisons sont proposĂ©es pour qu’un hĂ©ros donne sa vie de plein grĂ© sauver la femme qu’il aime, son enfant et le monde. Le moment mĂȘme de sa mort rejoint la geste poĂ©tique. Bond est en contact avec Madeleine par signal radio. Celle-ci lui avoue que Mathilde est sa fille. Elle lui dit qu’elle l’aime en regardant vers l’üle. Il lui rĂ©pond, en contrechamp en gros plan face camĂ©ra, qu’il l’aime aussi. Une dĂ©claration d’amour et de gratitude Ă©vidente au public en tirant sa rĂ©vĂ©rence, de la façon bouleversante. Il meurt debout, courageusement. Il est emportĂ© in fine par l’explosion des missiles tirĂ©s par un navire de son propre pays qu’il a servi alors qu’il a le grade de Commander, un terme uniquement employĂ© au Royaume-Uni dans la Royal Navy est Commander un capitaine en charge de plusieurs navires. Il n’y a donc pas de façon plus spectaculaire et bondienne que de se suicider avec l’arme la plus lourde que lui confĂšre son grade. Le martyr de Saint-Georges est accompli. L’ApothĂ©ose bondienne Entre alors en jeu la deuxiĂšme source d’inspiration, HĂ©raclĂšs, demi-dieu aux pouvoirs surhumains, surtout connu pour ses douze travaux. Au mĂȘme titre que celui de Saint-Georges, le mythe d’HĂ©raclĂšs est transcivilisationnel. Il est Ă©crit et rĂ©inventĂ© en permanence pendant des siĂšcles et des siĂšcles Ă  travers de nombreux pays. Un Ă©pisode de sa vie semble pourtant moins connu sa mort. HĂ©raclĂšs partage sa vie avec sa bien-aimĂ©e, DĂ©janire, lorsque celle-ci subit une tentative de viol par Nessus, un mĂ©chant centaure. HĂ©raclĂšs lui dĂ©coche une flĂšche empoisonnĂ©e du sang d’une hydre qu’il a tuĂ©e lors d’une prĂ©cĂ©dente aventure. Nessus, mourant, confie Ă  DĂ©janire sa tunique ensanglantĂ©e en lui disant qu’elle servira de philtre d’amour pour HĂ©raclĂšs. Plus tard, DĂ©janire offre Ă  HĂ©raclĂšs la tunique. Il sent alors son sang bouillir de l’intĂ©rieur au contact de l’habit. En essayant de retirer le tissu, il s’arrache la peau de son corps recouvert de flammes. HĂ©raclĂšs subit une longue agonie jusqu’à se jeter dans un bĂ»cher au sommet d’un mont pour Ă©chapper Ă  la douleur, oĂč il brĂ»le jusqu’à la mort sous le regard de Zeus qui refuse d’intervenir pour l’aider. En mourant, les dieux s’accordent pour donner Ă  HĂ©raclĂšs la place qui lui revient de droit, celle d’un dieu aux cĂŽtĂ©s de son pĂšre. Une fois mort, le demi-dieu a tuĂ© sa part humaine. Reste son immortalitĂ© divine. Et le hĂ©ros devient alors une lĂ©gende. Dans la mythologie, on dĂ©signe cette dĂ©ification post-mortem sous le terme d’apothĂ©ose. James Bond, lui aussi, pĂ©rit par les flammes, au sommet de la base de Safin, pour se dĂ©livrer du mal qui l’empoisonne, dĂ©livrĂ© par son ennemi Ă  sa mort Safin/Nessus et transmis par sa bien-aimĂ©e DĂ©janire/Madeleine. Le nom du virus des nanobots ? HĂ©raclĂšs. C’est sous cet auspice que la mĂ©taphore filĂ©e d’Au service secret de sa MajestĂ© prend une perspective unique. En dĂ©marrant le film Ă  Matera en Italie, lieu de tournage d’un autre martyr, celui de la crucifixion du Christ dans L’Évangile selon Saint Matthieu 1964 rĂ©alisĂ© par Pier Paolo Pasolini. Un court dialogue en voiture amenant Bond et Madeleine dans la citĂ© italienne cite directement le Lazenby, en plus de reprendre son thĂšme musical. Bond y prononce ces mots We have all the time in the world » Nous avons toute la vie devant nous. » Il n’est pas ici question de vie mais de temps. C’est bien sĂ»r toujours une illusion tragique. Chez Lazenby, ce temps est celui du mariage de Bond, sa femme dĂ©cĂ©dant le jour-mĂȘme de la cĂ©rĂ©monie, dans une voiture sur une route sinueuse en bord de mer trĂšs semblable Ă  celle que traversent Bond et Madeleine. Chez Craig, c’est le temps perdu pour Bond qui aurait pu vieillir heureux comme pĂšre, mais qui devra se sacrifier. L’expression revient comme un boomerang dans la conclusion du film. La mĂȘme route de Matera, parcourue par une autre Aston Martin, cette fois, conduite par Madeleine avec Mathilde Ă  bord. Madeleine dit ces simples mots Je vais te raconter une histoire. L’histoire d’un homme. Son nom Ă©tait Bond. James Bond. » Cette rĂ©plique est suivie d’un plan suivant la voiture Ă  l’horizon dans un tunnel qui Ă©voque le gunbarrel des Bond, et d’une chanson, We have all the time in the world » de Louis Armstrong, la chanson d’Au service secret de sa MajestĂ©. C’est la fin parfaitement opposĂ©e au film avec Lazenby. Cette fois, Bond a rĂ©ussi Ă  sauver sa femme et sa descendance. Il s’agit bien d’un happy end. En transmettant le rĂ©cit de Bond Ă  sa fille, Madeleine est en train de faire le travail des artistes et des religions avec Saint-Georges et HĂ©raclĂšs dans les siĂšcles aprĂšs leurs morts elle accomplit l’apothĂ©ose, transforme l’humain en divin, et l’aventure hĂ©roĂŻque en mythe Ă©ternel. James Bond vient d’accĂ©der au rang des dieux, mieux encore, Ă  celui des histoires qui restent. Et We have all the time in the world » n’est alors plus un chant funĂšbre ni une ballade romantique, mais un triomphe, une promesse, pour les mille annĂ©es qui suivront. James Bond est mort ? Il est maintenant plus immortel que la production Michael G. Wilson, Barbara Broccoli, Gregg Wilson, David Pope, Andrew Noakes, Daniel Craig, Chris Brigham, Per Henry Borch, Enzo Sisti et Natalie Thompson pour MGM, universal Pictures, Eon Productions, B25, Cinesite et Danjaq. DerriĂšre la camĂ©ra Cary Joji Fukunaga rĂ©alisation. Neal Purvis, Robert Wade, Cary Joji Fukunaga et Phoebe Waller-Bridge scĂ©nario. Linus Sandgren chef opĂ©rateur. Hans Zimmer musique. A l’écran Daniel Craig, Jeffrey Wright, Christoph Waltz, LĂ©a Seydoux, Lashana Lynch, Ana de Armas, Rami Malek, Ralph Fiennes. En salle le 6 octobre 2021. Copyright photos & illustration Tous droits rĂ©servĂ©s.

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